. .Pas étonnant que la merveilleuse poétesse Renée Vivien, qui vécut de 1877 à 1909, qui a écrit avec tant de sensualité ses amoures lesbiennes, avec éloge pour ses amantes ne décrit pas leurs orgasmes, puisque le mot n’existait pas pour les femmes et encore moins pour les lesbiennes. Elle décrivit, leurs multiples orgasmes, par le mot : spasme. J’ai le désir, en quelques-uns de ses poèmes de vous faire découvrir sa passion des biennes :

Elle demeure en son palais…
Elle demeure en son palais, près du Bosphore,
Où la lune s’étend comme en un lit nacré…
Sa bouche est interdite et son corps est sacré,
Et nul être, sauf moi, n’osa l’éteindre encore.

Des nègres cauteleux la servent à genoux…
Humbles, ils ont pourtant des regards de menace
Fugitifs à l’égal d’un éclair roux qui passe…
Leur sourire est très blanc et leurs gestes sont doux…

Ils sont ainsi mauvais parce qu’ils sont eunuques
Et que celle que j’aime a des yeux sans pareils,
Pleins d’abîmes, de mers, de déserts, de soleils,
Qui font vibrer d’amour les moelles et les nuques.

Leur colère est le cri haineux de la douleur…
Et moi, je les excuse en la sentant si belle,
Si loin d’eux à jamais, si près de moi… Pour elle,
Elle les voit souffrir en mordant une fleur.

J’entre dans le palais baigné par l’eau charmante,
Où l’ombre est calme, où le silence est infini,
Où, sur les tapis frais plus qu’un herbage uni,
Glissent avec lenteur les pas de mon amante.

Ma Sultane aux yeux noirs m’attend, comme autrefois.
Des jasmins enlaceurs voilent les jalousies…
J’admire, en l’admirant, ses parures choisies,
Et mon âme s’accroche aux bagues de ses doigts.

Nos caresses ont de cruels enthousiasmes
Et des effrois et des rires de désespoir…
Plus tard une douceur tombe, semblable au soir,
Et ce sont des baisers de sœurs, après les spasmes.

Elle redresse un pli de sa robe, en riant…
Et j’évoque son corps mûri par la lumière
Auprès du mien, dans quelque inégal cimetière,
Sous l’ombre sans terreur des cyprès d’orient.

Amazone
L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines;
Elle exulte. Amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les aimants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage;
Au milieu des combats son cœur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

Nous irons vers les poètes
(…) Les bois sacrés n’ont plus d’efficaces dictames,
Et le monde a toujours été cruel aux femmes.
Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.

Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts,
Mais nous irons loin. Là-bas, nous oublierons…
Sous un ciel plus clément, plus doux, nous oublierons…

Nous souvenant qu’il est de plus larges planètes,
Nous entrerons dans le royaume des poètes,
Ce merveilleux royaume où chantent les poètes.

La lumière s’y meut sur un rythme divin.
On n’a point de soucis et l’on est libre enfin.
On s’étonne de vivre et d’être heureux enfin.

Vois, élevés pour toi, ces palais d’émeraude
Où le parfum s’égare, où la musique rôde.
Où pleure un souvenir qui s’attarde et qui rôde.(…)

Et j’eus l’inexcusable audace de vouloir
Le sororal amour fait de blancheurs légères,
Le pas furtif qui ne meurtrit point les fougères
Et la voix douce qui vient s’allier au soir.

On m’avait interdit tes cheveux, tes prunelles,
Parce que tes cheveux sont longs et pleins d’odeurs
Et parce que tes yeux ont d’étranges ardeurs.
Et se troublent ainsi que les ondes rebelles.

On m’a montrée du doigt en un geste irrité,
Parce que mon regard cherchait ton regard tendre…
En nous voyant passer, nul n’a voulu comprendre
Que je t’avais choisie avec simplicité.

Considère la loi vile que je transgresse
Et juge mon amour, qui ne sait point le mal,
Aussi candide, aussi nécessaire et fatal
Que le désir qui joint l’amant à la maîtresse.

On n’a point lu combien mon regard était clair
Sur le chemin où me conduit ma destinée,
Et l’on a dit :’’Quelle est cette femme damnée
Que ronge soudainement la flamme de l’enfer ?’’

Laissons-les au souci de leur morale impure,
Et songeons que l’aurore a des blondeurs de miel,
Que le jour sans aigreur et que la nuit sans fiel
Viennent, tels des amis dont la bonté rassure…

Nous irons voir le clair d’étoiles sur les monts…
Que nous importe, à nous, le jugement des hommes ?
Et qu’avons-nous à redouter, puisque nous sommes
Pures devant la vie et que nous nous aimons ?…

renee.jpg Je souhaite à toutes et tous pour l'an 2014 "de prendre le temps de lire" l'œuvre de la grande poétesse Renée Vivien.